Raphael Imbert : Bach Coltrane

Mercredi

1 Mai 2019

Informations sur le concert

Lieu

Place de l'Evêché

Salle de concert

Concert dans la Cathédrale de Tournai

Horaire

16h00

Tarifs

De 16€ à 18€

Site internet de l'artiste

Raphaël Imbert

BACH COLTRANE

« L’ÉLÉMENT ESSENTIEL DANS LA MUSIQUE IMPROVISÉE EST LE PUBLIC »

RAPHAËL IMBERT

RENCONTRE

Le rapprochement de Bach et de Coltrane qui a donné lieu à cet enregistrement en 2007 est né de ma rencontre avec André Rossi, organiste et professeur d’orgue au conservatoire de Marseille, où je remplaçais à l’époque un professeur de jazz. Nous avons tout de suite compris que nous étions des improvisateurs. Dès la première séance, André m’a proposé un choral luthérien, que nous avons joué de façon très modale. Cela sonnait comme du Coltrane. André m’a ensuite montré comment Bach intégrait un choral à une cantate. Là, il s’est déclenché quelque chose de très particulier : nous nous sommes sentis connectés. Par-delà l’évidence musicale, deux dimensions communes nous sont apparues à travers Bach et Coltrane : l’improvisation et l’aspect spirituel.

Cet enregistrement a été élaboré dans l’idée de renouer avec la dimension improvisée de la mu­sique de Bach. Bien qu’elle soit très écrite, tout est improvisé, particulièrement la musique d’orgue. Il ne faut pas négliger cette part d’improvisation qui chez Bach était très importante. Les organistes français sont d’ailleurs les rares musiciens classiques en Europe à avoir conservé cette tradition de l’improvisation. Réhabilitant Bach improvisateur, nous avons aussi souhaité rétablir Coltrane com­positeur. On parle beaucoup du virtuose mais l’on oublie souvent qu’il fut un compositeur magistral, pas uniquement du monde du jazz. Son influence est remarquable sur de nombreux compositeurs.

Il est étrange de voir que l’énorme succès de ce disque – il reste l’un des piliers de ma discographie – a eu un effet inverse à celui escompté. Bien accueilli par les médias classiques, il a été boudé par ceux du jazz, qui m’ont catalogué « classique ». Cela m’a coûté six ans de festivals de jazz – comme si j’avais trahi quelque chose parce que j’avais joué Bach de cette manière. Il m’a fallu du temps pour reprendre confiance mais je suis convaincu aujourd’hui que ma démarche est la bonne. Mes projets sont tous dans la continuité les uns des autres.

« RÉHABILITANT BACH IMPROVISATEUR, NOUS AVONS AUSSI SOUHAITÉ RÉTABLIR COLTRANE COMPOSITEUR. »

LIBERTÉ

Faire dialoguer Bach et Coltrane était pour moi une manière de les mettre en résonance plus que de transformer leurs oeuvres, de les révéler l’un à l’autre et l’un par l’autre. Il me paraissait intéressant de voir comment leurs musiques pouvaient s’interpénétrer, aujourd’hui, au XXIe siècle. Coltrane nous montre que l’on peut improviser sur Bach, et Bach nous confirme que les compositions de Coltrane tiennent la comparaison par rapport à ses oeuvres. Pour moi, le travail de réactualisation se place à ce niveau.

Cette formidable liberté nous a amenés, André et moi, à réfléchir avec qui nous allions enregis­trer ce projet. Le Quatuor Manfred, qui n’avait jamais improvisé avant ce disque, s’est vraiment libéré, sans craindre de voir sa technique « classique » pervertie. La plus grande part du travail de préparation et de création a été un travail de confiance, de pédagogie presque, plus que de reconstruction des oeuvres.

SPIRITUALITÉ

Bien que je sois totalement agnostique, la spiritualité accompagne mes recherches et mon appro-che du jazz depuis plusieurs années. Je veux comprendre les sources de cette musique à travers ce prisme. Mes travaux ont abouti dans le livre Jazz Supreme, publié par les Éditions de l’Éclat l’an passé, et plusieurs de mes enregistrements ont jalonné ces recherches depuis 2002.

Tout le monde s’accorde à dire que la musique de Bach dégage quelque chose de fort, une spiri­tualité intense qui n’a rien à voir avec la conviction religieuse mais avec le côté monumental de cette musique. C’est la même chose pour Coltrane. Pour moi, il est important de faire confiance à ce pour quoi la musique a été composée. Je ne suis pas croyant mais je suis sensible à ce que dégagent ces musiques, à leur pouvoir. Tout mon travail sur le spirituel dans le jazz repose sur cette question : pourquoi ce qui est si évident pour analyser l’oeuvre de Bach ou de Messiaen ne le serait-il pas pour analyser l’oeuvre de Coltrane ? Il ne viendrait à l’esprit de personne d’évincer le mysticisme catholique de Messiaen pour analyser ses improvisations à l’orgue alors que chez Coltrane et Duke Ellington, cela est mis de côté. Ce Bach Coltrane est en quelque sorte la bande son de mes recherches anthropologiques, comme le Heavens autour de Mozart et Ellington que j’ai publié en 2013.

Line-up

  • Raphaël IMBERT : saxophones, clarinette basse, Saxophone, Bassklarinette
  • André ROSSI : orgue, Orgel
  • Jean-Luc DI FRAYA : percussions, chant, Schlagwerk, Gesang
Une coproduction de
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