Mélanie De Biasio

Jeudi

2 mai 2019

Informations sur le concert

Lieu

Grand'Place de Tournai

Salle de concert

Halle aux Draps

Horaire

20h00

Tarifs

De 30€ à 32€ - accès Magic Mirrors inclus

Site internet de l'artiste

LILIES

On peut citer des références pour le troisième album de Melanie De Biasio, Lilies, mais aucune ne prépare à l’expérience consistant à s’immerger dans ce disque singulier. En écoutant attentivement, on y entend des échos du blues déstructuré, existentiel et magnifique de Portishead, de l’art ensorcelant du héros de De Biasio, Mark Hollis de Talk Talk, et même du « Sinnerman » de Nina Simone (dans le bouillonnement de « Gold Junkies »). Plus on l’écoute attentivement, plus cette collection de chansons subtiles, troublantes et inoubliables livre de satisfactions.

Cette musique, qui coule naturellement des lèvres de De Biasio, lui vient comme quelque chose d’organique qu’elle peut à peine maîtriser. Elle respecte ce don, en raison de ce qu’il signifie pour elle depuis toujours. Enfant, alors qu’elle apprenait à jouer de divers instruments, elle a été frappée de ce qu’elle ressentait en jouant avec d’autres musiciens ; une expérience dont elle dit qu’elle l’a « connectée au monde. La musique était un moyen de partager. Je me suis dit, ‘Ok, j’ai trouvé mon chemin pour survivre dans ce monde’. »

À l’âge de 12 ans, elle rejoint l’Ensemble de l'Harmonie de Charleroi et étudie le chant au Conservatoire Royal de Bruxelles. Diplômée, elle entreprend une tournée d’un mois en Russie avec un groupe jazz-punk, jusqu’à ce que la routine et le manque d’argent aient raison d’elle. À Moscou, elle contracte une sérieuse infection pulmonaire, mais continue néanmoins à se produire et se brise la voix. À son retour, son médecin lui demande d’arrêter de chanter un an ; il n’est alors pas certain qu’elle puisse un jour rechanter.

Pour des artistes de moindre envergure, l’histoire s’arrêterait là. Mais ce coup du sort forge le caractère de Melanie De Biasio. « J’ai dû tout arrêter, puis j’ai dû reconstruire ma voix dans des hôpitaux. C’était l’enfer », dit-elle. « Mais j’ai appris une autre façon de chanter, une autre façon de respirer. Perdre ma voix m’a donné l’opportunité de découvrir ma relation au silence. Cette expérience a été une renaissance. Après ma guérison, j’ai donné un premier concert, un label a été intéressé, et j’ai enregistré mon premier album. »

Publié en 2007, ce premier album, A Stomach Is Burning, est enregistré en trois jours, à la vitesse de l’éclair. Dès sa sortie, elle tourne avec son petit groupe de musiciens. Les concerts l’aident à mieux comprendre son rôle en tant qu’artiste. « Quand je me produis sur scène, je ne vends pas la ‘marque’ Melanie De Biasio, je suis au service de quelque chose qui me dépasse », dit-elle. Ce besoin d’être dans le moment présent demeure capital – elle apprend à établir ses listes de titres juste avant les concerts, pour réagir à l’environnement, au public, à ses sensations du moment.

Elle considère moins ses concerts comme des improvisations que comme des « créations instantanées ».

Elle choisit de produire son deuxième album elle-même. « J’avais un son en tête et je ne voulais pas faire de compromis », dit-elle. « J’avais besoin de temps, j’avais besoin de ne pas avoir de date limite. Ça a été un processus très solitaire. » Au bout de trois ans de cette quête, elle se sent bloquée. Elle commence à travailler dans des prisons. Elle aide les prisonniers à explorer leur créativité en utilisant la voix, le mouvement, la respiration et le rythme. « Ça a été une découverte capitale », se souvient-elle. « J’essayais de les amener à se brancher sur ‘le pouls’ – comment le corps respire, comment on se relie au monde – et à suivre leur propre impulsion. J’ai réalisé que je devais être honnête avec moi-même, dans ma propre expérience. Je me suis donc concentrée sur mon sentiment de joie, ou sur mon absence de joie, à chaque moment. Ça a été une grande découverte pour moi. »

Son deuxième album, No Deal, fait suite à cette découverte, en 2013. Il est très bien accueilli, marquant la première sortie de disque de De Biasio au Royaume-Uni, où elle est la première artiste belge à apparaître dans l’émission Later… de Jools Holland. Une tournée en Europe, en première partie du groupe Eels, contribue à augmenter la notoriété de cette remarquable artiste. Elle a l’honneur de se produire en tête d’affiche du festival de jazz de Montreux en 2015, à Tokyo. Elle est également proclamée Meilleure Artiste Scénique par Gilles Peterson et reçoit le prix du Morceau de l’Année en 2016, les Ebba Award aux Pays-Bas et le Prix Champagne en France, ainsi que l’Octave De La Musique, le D6BELS et la Médaille de Chevalier Wallon en Belgique. Au Haldern Pop Festival, en 2016, elle collabore avec Damien Rice, pour une reprise spectrale du « Be My Husband » de Nina Simone. Un projet de remix de son album No Deal voit ses chansons retravaillées par des gens comme Cinematic Orchestra, Jonwayne, Hex et Seven Davis Jr.

Malgré tout, De Biasio désire toujours demeurer dans le moment présent. Son label l’encourage à effectuer une rare séance de répétition avant son plus gros concert à ce jour en Belgique. Elle accepte à contrecoeur : « Répéter, c’est un défi : comment explorer la musique sans la figer ? », dit-elle. « La musique peut mourir rapidement, si on se contente de reproduire quelque chose, si elle ne possède pas l’esprit du moment, la conscience de ‘maintenant’. »

Plutôt que de revoir son répertoire, De Biasio demande à un ingénieur du son d’enregistrer son groupe pendant qu’il s’échine sur un nouveau morceau, Gold Junkies, sur lequel elle est en train de travailler. La prise dure près de 25 minutes, mais quand elle l’écoute en boucle au casque, pendant de longues balades en vélo, De Biasio est convaincue qu’elle doit être publiée. « Je me suis battue pour que cette musique sorte », dit-elle, en parlant du morceau qui allait sortir tel quel, sans retouche, sur le EP Blackened Cities. « Ça m’a revigorée, ça m’a rafraîchie. Ça m’a laissé un sentiment de liberté – le sentiment que tout était possible. »

Inspirée par cette expérience, elle commence à travailler sur son troisième album, la suite de No Deal. Elle revoit une nouvelle fois ses habitudes de travail. « J’aurais pu aller dans un grand studio, faire une grosse production », dit-elle de l’album qui deviendra Lilies. « Mais je ne voulais rien de tout ça. Je voulais juste me retirer dans une cave avec mon portable, mon Pro-Tools et mon micro bon marché, un Shure SM-58 à 100 euros que j’ai utilisé sur la tournée. Je voulais revenir à la source de la créativité, avec le plus simple des matériels. »

L’expérience est, dit-elle, « très pénible. J’étais dans cette pièce où il n’y avait ni chauffage, ni lumière, absolument aucune notion de nuit ou de jour. Mais je me sentais libre. J’étais très heureuse de ressentir ce sentiment de ‘Je n’ai besoin de rien de plus, J’ai tout ce dont j’ai besoin ici.’ »

Le processus donne naissance à un album sans compromis, idéaliste et déterminé, son meilleur à ce jour. Un album qui savoure les plus minuscules détails – le sentiment de l’espace, le minimalisme méditatif – tout autant qu’il se délecte d’une créativité panoramique et kaléidoscopique. « Pour moi, Lilies possède un côté sombre, mais il est aussi lumineux », dit De Biasio, et elle a raison. Ici, aucun traditionalisme, mais une acceptation de la liberté, de l’ambition, de la sincérité créative et de la puissance émotionnelle. Un itinéraire qui relie un million de points entre Billie Holiday, Portishead et le futur.

Line-up

Melanie De Biasio Lead vocal and flute

  • Aarich Jespers : Drums & Percussions
  • Axel Gilain : Double Bass + Guitar
  • Matthieu Van : Piano, Keyboards
Une coproduction de
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In partnership with
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